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M. Jean-Michel Dubernard, président de la commission. ... autour desquelles s'organiseront obligatoirement les adaptations et les évolutions nécessaires dans les années, puis les décennies à venir.
Je regretterai néanmoins, avec le ministre des affaires sociales et le ministre de la fonction publique, que nous n'ayons pu trouver un consensus comme ce fut le cas dans des pays aussi différents, sur les plans culturel et politique, que la Finlande qui est passée des libéraux aux socio-démocrates, la Suède qui a suivi la même évolution, ou l'Espagne. Mais j'ai bon espoir - et même, je n'en doute pas - qu'il apparaisse dans les années à venir.
M. Jean-Michel Dubernard, président de la commission. Ce débat est le deuxième plus long de tous les débats de la Ve République.
M. Jean-Michel Dubernard, président de la commission. Il a duré cent cinquante-cinq heures et nous en sommes à la dix-neuvième journée de séance. Pour l'adoption du seul article 1er, quarante-sept heures cinquante-cinq de débats ont été nécessaires...
M. Jean-Michel Dubernard, président de la commission. Au total, 11 153 amendements ont été déposés, 8 679 discutés, 453 adoptés.
M. Jean-Michel Dubernard, président de la commission. C'est, je crois, la preuve que nos travaux ont été de qualité et, comme nos deux rapporteurs, je suis fier d'avoir pu y participer. (Applaudissements sur les bancs du groupe de l'Union pour un mouvement populaire et du groupe Union pour la démocratie française.)
Mes chers collègues, souvenez-vous, on nous promettait une réforme examinée en neuf jours et adoptée avant la fin de la session ordinaire. Nous y avons consacré près de quatre semaines et cent cinquante-cinq heures de débats, sans tenir compte, comme le rappelait M. Dubernard, des dizaines d'heures passées en commission.
Ces quatre semaines - qui auraient pu être prolongées si la « commission couperet » n'avait pas fait son oeuvre et supprimé plusieurs centaines de nos amendements - ont permis de mettre en lumière le caractère régressif de votre projet.
M. Maxime Gremetz. Après avoir refusé d'engager de véritables négociations avec les partenaires sociaux, après avoir multiplié les velléités de communication, et méprisé le rejet persistant de la réforme par la majorité de nos concitoyens, le Gouvernement fait passer en force un texte grâce à une majorité à sa botte (Exclamations sur les bancs du groupe de l'Union pour le mouvement populaire et du groupe Union pour la démocratie française), qui n'a pas pris part, ou si peu, au débat, fuyant toute discussion de fond.
Hommage et médaille spéciale du mérite du silence aux députés de la majorité, qui ont eu l'extraordinaire courage de ne pas dire un mot dans ce débat de société !
M. Maxime Gremetz. Il fallait le faire ! Moi, j'avoue que je n'aurai jamais tenu le coup ! (Rires et exclamations sur les bancs du groupe de l'Union pour un mouvement populaire.)
M. Jean-Michel Fourgous. Ça, c'est sûr !
M. Maxime Gremetz. Mais cette majorité est à l'image du Gouvernement, qui fuit ses responsabilités d'écoute et de dialogue. Nos concitoyens ont pourtant affiché leur volonté de s'emparer de ce dossier, qui les concerne tous car il est indissociable de leur avenir.
S'agissant d'un choix de société aussi important, aussi structurant, nous aurions pu attendre l'ouverture d'un véritable débat national, d'un « Matignon des retraites », comme le président de notre groupe, Alain Bocquet, en avait suggéré l'idée.
Mais, messieurs les ministres, ne vous y trompez pas : votre majorité - muette - va voter ce texte, je n'en doute pas. Mais les salariés du privé comme du public, les retraités, les demandeurs d'emploi, les sans droits n'entendent pas vous laisser faire, et nous non plus !
Avec nous, ils rejettent cette réforme qui vise à l'allongement de la durée de cotisation à quarante-deux ans, alors que les jeunes peinent à trouver un emploi, qu'il y a 3 millions de chômeurs et que la liste noire des licenciements boursiers s'allonge tous les jours, alors que les plus de cinquante ans en sont les cibles privilégiées.
Nous traduisons fermement leur hostilité à votre réforme qui rogne le niveau des pensions, contrairement à ce que vous disiez, qui instaure les décotes et qui exige toujours plus de sacrifices de la part des actifs et des retraités. Et ce sont majoritairement les femmes qui supporteront ces sacrifices !
Avec nous, ils rejettent une réforme qui ne prend pas sérieusement en compte la pénibilité du travail, qui rend illusoire le droit à la retraite à soixante ans à taux plein, qui n'offre qu'une épargne retraite individuelle à ceux qui sont attachés à la répartition et à la solidarité entre les générations.
Enfin, nous rejetons avec eux une réforme qui fait supporter le financement à 91 % par les salariés, qui remet en cause les avantages familiaux et le principe de compensation, alors que vous juriez à qui voulait l'entendre que vous étiez soucieux de l'effort partagé et de l'équité.
Ces propositions alternatives visent un double objectif : supprimer toutes les dispositions perverses de votre texte et garantir l'architecture de notre système par répartition tout en assurant un niveau élevé de pension, en affirmant le droit à la retraite à taux plein à soixante ans, afin que chaque retraité puisse vivre dans la dignité la troisième partie de son existence.
Cela suppose évidemment la suppression des mesures iniques prises en 1993 par M. Balladur. (Protestations sur les bancs du groupe de l'Union pour un mouvement populaire et du groupe Union pour la démocratie française.)
Vous savez, monsieur Balladur, combien nous avons combattu vos mesures, notamment l'indexation des retraites sur les prix qui a rompu le lien de solidarité intergénérationnel, lequel est à la base du système par répartition.
Ces propositions, chers collègues, concernent également la pension de réversion, dont elles modifient les règles d'attribution, portant son taux à 60 %. Pour corriger encore les mauvais effets des mesures que j'appelle « Balladur » - excusez-moi, monsieur le Premier ministre, mais au moins avez-vous laissé votre nom dans l'histoire -, nous avons proposé de permettre le départ à la retraite à taux plein à soixante ans au plus tard avec trente-sept annuités et demie.
M. Maxime Gremetz. Les femmes et les hommes ayant exercé des travaux pénibles, dont nous avons beaucoup parlé, ne peuvent pas se contenter de mots : il faut prendre des mesures contraignantes. Ils doivent pouvoir faire valoir leur droit à la retraite à taux plein dès cinquante-cinq ans, car ils ont commencé à travailler tôt, l'ont fait jour et nuit, souvent dans des métiers pénibles. Le groupe communiste...
M. Maxime Gremetz. ... de l'Assemblée et du Sénat a fait des propositions en ce sens.
Enfin, les personnes ayant ou ayant eu à charge un enfant ou un adulte handicapé, ou une personne âgée dépendante, ne doivent pas être pénalisées dans leur reconstitution de carrière.
Je veux revenir sur la controverse relative aux prétendus privilèges dont bénéficieraient les fonctionnaires. Si l'on veut réduire les différences, tâchons donc de placer tout le monde au meilleur niveau, plutôt que de cultiver des contrevérités qui nourrissent les divisions. Il est inacceptable, messieurs les ministres - je sais bien que vous vous en moquez, mais la rue vous le rappellera - de présenter leur régime comme un privilège, alors qu'il s'agit de garanties nécessaires pour leur situation réelle.
Enfin, le taux de remplacement est le même dans le public et dans le privé, de l'ordre de 75 %. (Bruit de conversations sur les bancs du groupe de l'Union pour un mouvement populaire.) Je crois qu'ils ont besoin d'une petite pause et qu'il faut les laisser respirer.
Aujourd'hui, c'est moins le nombre d'annuités qui est en cause dans la dégradation des retraites du privé que le mode de calcul imposé par la réforme Balladur de 1993. Comme nous n'avons cessé de l'exiger depuis 1997, ces mesures doivent être annulées pour revenir à des garanties équivalentes. Vous avez présenté le débat de façon démagogique et inexacte,...
M. Maxime Gremetz. ... niant l'ancrage historique de ces régimes. Il est honteux de cultiver l'opposition entre les salariés des secteurs publics et ceux du privé. En ce qui nous concerne, nous prenons en compte les spécificités de chacun, c'est un gage d'efficacité.
Telles ont été, parmi beaucoup d'autres, les principales analyses, dispositions de justice sociale et d'efficacité économique que nous avons eu l'occasion de présenter devant vous. Sur tous ces points, vous avez été sourds et autistes.
M. Maxime Gremetz. D'autres l'ont été avant vous et ils ont payé. Je pense que, si l'histoire ne se renouvelle pas, être sourds, autistes, ne pas prendre en compte les aspirations, cela se paie toujours et plus vite qu'on ne le pense. (Exclamations sur les bancs du groupe de l'Union pour un mouvement populaire et du groupe Union pour la démocratie française.)
M. Jean-Pierre Brard. C'est vrai. C'est un homme d'expérience qui vous parle !
M. Maxime Gremetz. Mesdames et messieurs de la majorité, comme vos prédécesseurs, vous refusez de faire le choix d'un nouveau financement. Ce serait pourtant le point nodal pour favoriser les avancées sociales. Nous avons fait des propositions pour réformer les modes de financement de notre protection sociale. Elles s'appuient sur les richesses produites dans notre pays, il aurait fallu instaurer une réforme des cotisations patronales, mettre à contribution les revenus financiers. Mais ça, ça vous fait hurler, comme le MEDEF.
M. Maxime Gremetz. En présentant leurs propositions, les députés communistes et républicains ont témoigné de leur ouverture au débat et de leur volonté constructive. (Exclamations sur les bancs du groupe de l'Union pour un mouvement populaire et du groupe Union pour la démocratie française.)
Messieurs les ministres, messieurs les rapporteurs, votre projet tourne le dos aux aspirations de nos concitoyens, ne garantit pas leur droit à la sécurité et au bonheur à tous les âges de la vie. Il ne tient pas compte non plus des richesses de notre économie...
M. Maxime Gremetz. ... et de sa capacité réelle à satisfaire ces aspirations. (Exclamations sur les bancs du groupe de l'Union pour un mouvement populaire et du groupe Union pour la démocratie française.) Vous préférez nier ou passer sous silence cette capacité (Mêmes mouvements) afin de mieux servir les intérêts de la haute finance. (Mêmes mouvements.)
Il faut donner aux Françaises et aux Français la possibilité de répondre. Il faut organiser ce grand débat national et les consulter par voie de référendum.
Avant de terminer, je souhaiterais, au nom du groupe des députés communistes et républicains... (« Non !» sur les bancs du groupe de l'Union pour un mouvement populaire.) Ne vous affolez pas, chers collègues ! Je comprends votre impatience, vous êtes restés silencieux tout le temps.
M. Maxime Gremetz. Je termine. Mais je souhaiterais d'abord, au nom du groupe des députés communistes et républicains, remercier le président de notre assemblée pour la qualité de sa présidence. (Applaudissements sur les bancs du groupe de l'Union pour un mouvement populaire et du groupe des député-e-s communistes et républicains.)
M. Maxime Gremetz. Vous alliez m'interrompre, monsieur le président, mais ce que je vais dire est écrit sur mes papiers, je ne l'invente pas pour l'occasion.
Le président de notre assemblée a fait preuve d'un souci d'impartialité incontestable. Je voudrais également remercier tout le personnel de l'Assemblée nationale... (Applaudissements sur tous les bancs.)
M. Maxime Gremetz. ... qui a oeuvré activement pour la bonne tenue de nos échanges durant ces longues séances et nous a permis de travailler dans les meilleures conditions possibles. (Applaudissements sur les bancs du groupe des député-e-s communistes et républicains.)
Plusieurs députés du groupe des député-e-s communistes et républicains. Mais qu'est-ce qu'on vote ?
M. le président. Monsieur Gremetz, comme vous n'avez pas dit si vous votiez pour ou contre, voulez-vous revenir à la tribune ?
Mais revenons au projet de loi réformant les retraites.
Monsieur le président, messieurs les ministres, mes chers collègues, il y a de cela quatre semaines, je soulignais à la tribune de cette assemblée, en tant que porte-parole du groupe de l'UMP, à quel point vous avions le sentiment de vivre, avec l'examen de cette réforme des retraites, un moment important de notre vie de parlementaire.
Voilà ce qu'il convient de rappeler à une opposition dont on peut regretter que les interventions n'aient pas toujours été à la hauteur de l'enjeu. Nous avons en effet eu droit, au cours des quatre semaines de séances publiques, à des tentatives permanentes d'obstruction de la part de ceux qui nous avaient pourtant annoncé et promis des propositions alternatives.
M. Jean-Claude Lefort. Ce n'est pas dans le règlement ?
M. Denis Jacquat. ... n'a pas hésité à voter un amendement de suppression de l'article permettant aux salariés ayant eu de longues carrières de partir à la retraite avant soixante ans, alors même qu'il défendait, il y a quelques semaines, une proposition de loi similaire sur le sujet.
M. Denis Jacquat. Je vous demande de vérifier le scrutin 229 du 24 juin 2003 sur l'amendement n° 11230 à l'article 16. (Applaudissements sur les bancs du groupe de l'Union pour un mouvement populaire et du groupe Union pour la démocratie française.)
M. Denis Jacquat. En ce qui nous concerne, nous avons eu du mal à saisir la cohérence de votre position et je ne doute pas que les Français partageront notre incompréhension.
Convaincus de la nécessité de la réforme, nous sommes restés fidèles aux engagements que nous avions pris.
M. Denis Jacquat. De ce point de vue, le travail de terrain que nous avons accompli depuis plusieurs mois nous a permis de nourrir notre réflexion et d'apporter plusieurs propositions concrètes pour améliorer la réforme. Au cours de mon intervention, j'avais attiré l'attention du Gouvernement sur plusieurs points qui nous paraissaient essentiels et que je rappellerai brièvement.
Pour ce qui est des pensions de réversion, j'avais souhaité un geste en direction des conjoints survivants, dont la situation est parfois très précaire. Je remercie le Gouvernement, qui a été sensible à nos demandes. Ainsi, un amendement a été adopté qui exclut désormais du calcul du plafond de ressources les 10 % de majoration de pension pour les assurés ayant trois enfants.
Autre dossier sur lequel nous avons obtenu satisfaction, celui des handicapés. En cette année européenne consacrée au handicapé, il était important que nous marquions notre engagement. Plusieurs amendements ont été adoptés. Désormais, le père et la mère d'un enfant handicapé pourront majorer leur durée d'assurance d'un trimestre par période d'éducation de trente mois, dans la limite de deux ans. De même, le bénéfice de l'assurance vieillesse du parent au foyer a été entendu aux conjoints, aux descendants ou aux proches d'un adulte handicapé.
M. Denis Jacquat. Autre point sur lequel le texte a été amélioré, la prise en compte de la période de service national pour les assurés ayant commencé à travailler très jeunes et pouvant bénéficier à ce titre de la retraite anticipée.
La réforme des retraites suscite dans notre pays un débat légitime au regard de son importance. Je ne doute pas que notre débat aura permis de démontrer aux Français qu'elle a deux caractéristiques capitales : la justice et la générosité.
Cette réforme est juste, car elle est placée sous le signe de l'équité. Elle ne vise pas à dresser une catégorie de Français contre une autre mais à sauver la retraite de tous. Elle sauvegarde le niveau de pension des retraités sans faire peser sur les actifs d'aujourd'hui une charge excessive.
Je vous rappellerai, chers collègues, comme je l'ai indiqué à plusieurs reprises ces quatre dernières semaines, que quand l'UMP promet quelque chose, elle le réalise. (Applaudissements sur les bancs du groupe de l'Union pour un mouvement populaire.)
M. Denis Jacquat. Cette réforme garantit l'avenir de notre système de retraite. Sans recourir aux fausses solutions que constituerait l'alourdissement des charges ou des impôts, qui pénaliserait la compétitivité de notre économie, et donc l'emploi, le projet de loi met en oeuvre les solutions qui permettront à notre système par répartition de passer l'échéance de 2020.
Permettez-moi, en conclusion, de saluer ici la qualité d'écoute dont nous avons pu bénéficier de la part de François Fillon, ministre des affaires sociales, et de Jean-Paul Delevoye, ministre de la fonction publique.
M. Denis Jacquat. Comme je le disais hier soir, tous les deux ont fait preuve d'un calme inoxydable devant les nombreuses questions répétitives de l'opposition. On nous a expliqué que la pédagogie reposait sur la répétition,...
M. Denis Jacquat. ... mais il faut reconnaître que certaines personnes dans cet hémicycle ont vraiment du mal à comprendre.
M. le président. Avant de donner la parole aux derniers orateurs inscrits dans les explications de vote, je vais, d'ores et déjà, faire annoncer le scrutin de manière à permettre à nos collèges de regagner l'hémicycle.
M. Jean-Marc Ayrault. Monsieur le président, messieurs les ministres, mes chers collègues, après le temps des remerciements, hier soir, voici venu celui des explications de vote. C'est un moment très important de notre vie nationale.
Le projet de loi qui nous est soumis fait bien plus qu'ajuster notre système de retraite aux évolutions démographiques, il engage l'avenir de notre modèle social pour les prochaines décennies.
A aucun moment, messieurs les ministres, vous n'avez saisi l'opportunité de retenir certains de nos amendements. Certes, nous avons eu de longs échanges mais, entre deux commentaires désobligeants, le Gouvernement n'a eu de cesse d'afficher son dédain à l'égard de nos propositions.
Quant à la majorité, elle a été remarquable par son silence, réinventant, bien malgré elle, le concept de « majorité silencieuse ». (Protestations sur les bancs du groupe de l'Union pour un mouvement populaire.) Dès lors, nous avons eu la confirmation que vos appels au dialogue, à la concertation et même au consensus - mot que vous avez utilisé plusieurs fois ici même - ne relevaient que de l'apparence.
Pourtant, la voie d'une réforme consensuelle était ouverte dans notre pays, sur la base du diagnostic partagé établi par le COR, créé par le gouvernement Jospin. Il ne tenait qu'à vous de prendre le temps de la négociation. Vous ne l'avez pas fait. Je veux cependant reconnaître la ténacité avec laquelle M. Fillon a défendu sa réforme et son souci de répondre à l'opposition. L'ouverture s'est arrêtée là !
Malgré tout, ce débat inachevé a été une pédagogie nécessaire. Il a permis de mettre en lumière les fragilités des quatre piliers de votre construction : la baisse du niveau des pensions,...
Dans son discours d'introduction à nos débats, le Premier ministre avait présenté son projet comme une « réforme de sécurité nationale ».
M. Jean-Marc Ayrault. Je crains, malheureusement, qu'il s'agisse plutôt d'une réforme de précarité générale. (Applaudissements sur les bancs du groupe socialiste. - Protestations sur les bancs du groupe de l'Union pour un mouvement populaire.)
Cette précarité frappera d'abord les retraités eux-mêmes. Pour la première fois depuis trente ans, le niveau des pensions n'est plus garanti.
M. Jean-Marc Ayrault. De l'aveu même du ministre des affaires sociales, la combinaison de la réforme Balladur et de cette réforme va faire passer le taux de remplacement des trois quarts du salaire de référence aux deux tiers en 2008. Tout le monde sera pénalisé. Vous parlez d'équité, mais les retraités du privé continueront de voir leur situation se dégrader davantage que celle des autres.
M. Jean Proriol. Qu'est-ce que ça aurait été sans la réforme !
M. Jean-Marc Ayrault. L'érosion du niveau des pensions aura une conséquence dont nous avons déjà les prémices : l'augmentation du taux d'épargne. Vous encouragez sans précaution le recours à la capitalisation, c'est-à-dire à l'assurance individuelle.
Certes, vous tentez de compenser en ouvrant le droit de racheter trois années d'études, mais cette légère amélioration ne concernera qu'une petite minorité de salariés qui auront les moyens d'assumer le coût très élevé d'un tel rachat.
M. Jean-Marc Ayrault. Enfin, le financement de la réforme est encore incertain. Vous dites avoir trouvé 18 milliards sur les 43 nécessaires. Pour faire la jointure, vous prévoyez la division du chômage par deux et le transfert du produit des excédents de l'UNEDIC vers les régimes de retraite. C'est un pari ô combien hasardeux quand on connaît la pauvreté de votre politique de l'emploi ! (Applaudissements sur les bancs du groupe socialiste.)
La seule mesure que vous ayez trouvée est de supprimer le dispositif des préretraites ou des retraites progressives. Toutefois, faute d'être assortie d'un véritable plan de retour à l'emploi pour les plus de cinquante ans, elle transformera les préretraités en nouveaux chômeurs, lesquels auront peu de chance de retrouver un emploi. Là encore, vous avez savamment ignoré nos propositions visant à relancer une politique publique de l'emploi. Dès lors, le mot « solidarité » qui émaille chacun de vos discours ne peut pas sonner juste.
Vous n'abondez pas le fonds de réserve des retraites, créé par la précédente majorité, qui est pourtant l'un des trois leviers de financement. Vous refusez les autres prélèvements par dogmatisme « anti-impôts ». Votre réforme sera uniquement supportée par les salariés, les retraités et les fonctionnaires. Elle épargne - je le dis sans jeu de mots - les rentiers, les détenteurs du patrimoine et les entreprises.
Certains de vos amis, au sein de l'UMP, s'en sont d'ailleurs émus, reprenant notre idée de taxer les bénéfices des sociétés. Vous vous êtes empressé de les faire taire. Dommage, car il y avait là, mes chers collègues, place pour un véritable débat.
J'en viens à la question cruciale des inégalités devant l'espérance de vie. Personne ici ne peut accepter qu'un ouvrier vive sept ans de moins qu'un cadre ou qu'un professeur. Cette réforme était l'occasion de comber cette insoutenable inégalité en prenant en compte la pénibilité des métiers. (Applaudissements sur les bancs du groupe socialiste.) Vous avez préféré la fausse équité de l'alignement uniforme du public sur le privé.
Contrairement à ce que vous affirmez, cette question de l'alignement n'est pas pour nous tabou, dès lors qu'elle s'intègre dans le cadre d'une négociation globale sur l'espérance de vie et la pénibilité du métier. Pour la traiter, il aurait fallu une impulsion politique que vous n'avez pas donnée.
Aussi, quand je vous entends affirmer avec hauteur qu'il n'y avait pas d'autre choix possible...
M. Jean-Marc Ayrault. ... je me dis que vous n'avez rien entendu. Pas plus qu'il n'y a de pensée unique, il n'y a de solution unique. (Applaudissements sur les bancs du groupe socialiste.) Je vous renvoie à Churchill, que vous aimez parfois prendre pour référence, qui disait : « Si deux hommes ont toujours la même opinion, l'un des deux est de trop. »
M. Edouard Landrain. Vous n'avez rien fait, alors que vous aviez cinq ans pour agir !
Nous aurions fait la politique de l'emploi. (Exclamations sur les bancs du groupe de l'Union pour un mouvement populaire et du groupe Union pour la démocratie française.)
M. Jean-Christophe Lagarde. Vous avez eu de la chance : seuls les Etats-Unis ont bénéficié d'une croissance équivalente à celle que notre pays a connue à l'époque !
M. Jean-Marc Ayrault. Les résultats plaident en notre faveur : nous avons créé deux millions d'emplois en cinq ans. (Applaudissements sur les bancs du groupe socialiste. - « Non ! » sur les bancs du groupe de l'Union pour un mouvement populaire.) Chiche ! Faites-en autant ! Vous en êtes bien loin avec la politique que vous menez !
Nous aurions fait de cette politique de l'emploi le socle de la réforme.
L'allongement de la durée d'activité doit primer sur celui de la durée de cotisation. Cela suppose un pacte national pour l'emploi pour favoriser l'accès des jeunes au travail et pour maintenir en activité les plus de cinquante ans. (Applaudissements sur les bancs du groupe socialiste.)
Oui, nous aurions donné la priorité à la négociation, dans le public comme dans le privé. Les pays que vous prenez en exemple ont réformé à l'issue d'une longue négociation qui contraste avec votre volonté de passer en force. (Exclamations sur les bancs du groupe de l'Union pour un mouvement populaire.) Si une chose est critiquable en la matière, monsieur le ministre, c'est la méthode que vous utilisez.
Nous aurions mis en place un financement durable, partagé équitablement entre tous les revenus, notamment ceux du patrimoine et du capital, entre les salariés et les entreprises, sur la base d'un véritable contrat de confiance avec les Français.
Ces derniers doivent le savoir, ce rendez-vous viendra.
M. Jean-Marc Ayrault. Il viendra après les élections de 2007. (Exclamations sur les bancs du groupe de l'Union pour un mouvement populaire et du groupe Union pour la démocratie française.) Vous avez vous-même fixé en 2008 un rendez-vous, nous y serons !
Plusieurs députés du groupe de l'Union pour un mouvement populaire. Elle n'était pas financée !
Messieurs les ministres, mesdames, messieurs les députés de la majorité, je prends date aujourd'hui,...
M. Jean-Marc Ayrault. ... au nom des députés socialistes, car nous avons devant nous beaucoup d'autres chantiers sociaux, en particulier celui de l'avenir de la sécurité sociale.
M. Jean-Marc Ayrault. Le rendez-vous de l'assurance maladie est pour l'automne. Nous vous y attendons, les Français aussi. Si vous prenez le même chemin, les choses seront encore plus difficiles.