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Par conviction que l’éducation est une valeur dans laquelle nous devons tous investir, j’ai, avec des dizaines de citoyens inspirants de tout acabit (toutes équipes et fonctions confondues!), donné de mon temps, de mon argent.
Soutenue par mes amiEs formidables-et-tout-aussi-bénévoles que moi, j’ai fait du porte-à-porte avec mes deux enfants dans une charrette, j’ai débattu dans des assemblées de 40 citoyens en payant pour faire garder mes enfants ou en courant après ceux-ci entre deux jasettes et une sandwich pas de croûtes.
J’ai rêvé mieux pour nos petites utopies avec tout un tas de parents engagés. On a levé péniblement 1000$ de fonds pour ma campagne et on a appris à organiser « un non-parti politique ».
Puis est venu le temps de la paperasse.
Évoluant avec une attention à intensité variable et étant dans une période de chaos dans ma vie personnelle, cette partie du travail s’est avérée être, pour ma part, un casse-tête de taille.
Grâce à l’aide de mes collègues, on a bouclé les rapports, les dettes, les papiers et les reçus.
Dans un mélange de fierté, de confusion et d’écoeurantite…j’ai fermé le tout, au mieux de mes compétences, dans les mois qui ont suivi…
Puis, on m’a demandé les reçus.
J’ai envoyé les copies de reçus.
On m’a redemandé les reçus. J’ai envoyé les originaux.
Avec Jocelyne Cyr, qui était à la tête de notre non-parti, nous avons envoyé un rapport.
Puis j’ai imprimé des copies des relevés de transactions.
Puis, j’ai envoyé tout ce que j’avais par courriel et courrier.
On m’a assuré que tout était en ordre.
Puis j’ai reçu une nouvelle demande pour un rapport additionnel.
En janvier 2017, j’ai reçu un constat d’infraction pour omission de produire un rapport additionnel. OMISSION FUCK! REALLY? Et finalement, on me dit, oui oui, il est produit, mais en retard de 10 jours…Vous devez 681$
Les équipes scolaires ne sont pas considérées comme des partis politiques. Ils ne bénéficient d’aucun des avantages liés à l’existence des partis, mais de tous les inconvénients.
Ainsi, on agit administrativement comme si nous en étions. Comme si nous avions des milliers de dollars en jeu et une équipe en charge de la production de nos rapports. Or, ce n’est pas le cas!!!
Jusqu’à la semaine dernière, j’espérais trouver ce qu’il faut d’arguments factuels pour minimalement pouvoir répondre aux questions qui me seraient posées en cour et ainsi pouvoir partager un plaidoyer pour le bon sens.
Or, je n’ai trouvé que ma mémoire floue et ma bonne foi. La bonne foi n’étant pas suffisante pour contrer un argumentaire administratif qui affirme, avec véhémence et témoins, que les réclamations demeurent, à ce jour, non satisfaites et que j’ai, preuves à l’appui, produit le rapport 10 jours en retard.
Il est toujours possible d’agir en tant qu’humain. Avec nuances et discernement ou encore comme des machines. Soumis aux incohérences d’une loi écrite pourtant par l’homme…
Le lundi 24, je devais être avec vous, en cours. Or j’ai choisi, après maintes réflexions, parmi tous les combats que je mène et mes défis quotidiens, d’abandonner celui-là et de rester pour gérer la routine du matin avec mes magnifiques recrues. Ben oui! J’abandonne! Sti!
Ma campagne a permis d’amasser et a coûté en tout 1000$ et surtout beaucoup de mon temps. J’ai donné tout ce que j’avais et aujourd’hui, on me réclame encore!
Pour éviter que mon prochain mois ne soit précaire et afin de ne pas devoir choisir entre cette dette absurde, vile et inutile socialement et le fait de payer mon loyer, voici 20 chèques post-datés au montant de 34$. En espérant qu’ils sauront satisfaire l’appétit de notre administration publique.
Parfois, on s’assoit là, le regard tourné vers le dedans.
Pendant un moment, un matin, on cumule, plus enthousiaste du tout.
Le corps trop petit pour contenir toute l’énergie.
En 2014, j’apprenais à être mono-mère et à faire de la politique.
Motivée à transformer le feu qui me squatt en inspiration et en énergie constructive, j’ai alors saisi une perche qu’on m’a tendue à 3 reprises et je me suis impliquée bénévolement dans la campagne politique scolaire de Priorité École en me présentant comme candidate au poste de commissaire.
Par convictions que l’éducation est une valeur dans laquelle nous devons tous investir, j’ai, avec des dizaines de citoyens inspirants, donné de mon temps, de mon argent.
En traversant l’un des très peu respectés passages piétonniers de la rue St-Laurent, je vois dans mon angle mou, l’une de nos nombreuses institutions de pizza à croûte cheap.
Lorsque nous mangeons le soir, fils I se concentre sur ce qui se trame à l’intérieur.
Entre deux bouchées trop grosses et un souvenir, il fixe le plafond en battant des bras pour classer les infos et les stimulis de sa journée.
Fils II et moi respectons son silence (…en parlant beaucoup beaucoup…ce qui limite la prise de parole des plus tranquilles, j’en conviens…)
Beaucoup. Il a partagé des détails de sa journée. Des sensations.
Fidèle au poste, la face dans la sauce, j’ai braillé sans prévenir.
Il m’a souri et il a pleuré aussi.
On ne sait jamais les cadeaux qu’on reçoit quand on enfante.
Dans la nuit du 17 juillet, un grand jeune homme mince, furtif et délicat est entré chez moi par effraction. (encore!)
Heureusement pour bibi, notre présence a compromis son enthousiasme et il est passé par dessus le mur de béton dans une enjambée olympique; le temps que mon coeur fasse un peu d’arythmie, assez pour me booster d’adrénaline pour les semaines à venir.
Ainsi, depuis plus d’une semaine, malgré le fait que je sache rationnellement que ce n’est pas plus dangereux maintenant qu’il y a un mois, je dors avec un oeil ouvert. Je veille comme une maman ours, barreaux aux fenêtres, batte de baseball et cell à la main.
Hier, donc, soit 10 jours plus tard, je m’endormais tardivement, quand vers 01h15, j’entends la «pile de bruits», que j’ai placée devant ma porte d’entrée, faire une translation grinçante sur la céramique…
J’ai donc perdu 2lbs de stress, testé mes réflexes primitifs et confirmé qu’en cas de face à face avec un loup, ce n’est pas mon Boudha-intérieur qui prend le contrôle…
Ainsi, ce matin, fils II m’a demandé avec un air troublé: pourquoi j’avais crié comme une ambulance durant la nuit et si j’avais assommé un voleur…
Question d’arriver à dormir et pour éviter que mon monsieur ou une amie qui a les clés se retrouvent la face en sang, je pose une alarme et reprends la méditation…
Toutefois, si vous croisez le furtif du village, suggérez-lui gentiment qu’il cogne avant d’entrer chez nous et qu’il amène de la bière…pas sûre qu’il veut rencontrer mon personnage nocturne de mère affolée…
Les affiches désuètes, le punk et l’aristo, la brute et le truand.
Il n’est pas dupe du rare public qui franchit les portes de son cinéma. Ce placard à balais.
Il s’éprend rapidement d’un regard plus sombre qu’un autre, même dans le noir.
Il est derrière lui, il ne voit que la nuque et les cheveux en bataille.
Il est trop tard quand il veut l’aborder, une main sur l’épaule, l’air nonchalant. Déjà parti. Une éclipse.
La prochaine fois. Il n’y en aura pas.
Il ne reviendra pas, te fais pas d’illusions.
Tu ne le reconnaîtrais même pas, tu l’as vu, juste de dos.
Pincement au cœur, ça aurait été les prémices d’un quelque chose…s’il avait su.
Et puis, il tombe sur la même âme vagabonde, toujours à la même place, juste devant lui.
Il n’a pas eu ce qu’il voulait, rêve saboté en pleine course.
Le rêve écrasé entre tes mains.
T’étais pas loin, tu touchais ce bout de ciel.
T’étais si prêt de bouleverser le monde de tes idées folles.
Si tu rates le panier, tu rates ta vie.
Le parti pris d’une vie monotone.
Ce n’est pas le premier ni le dernier venu.
Il est l’inconnu reconnu, le destin a un nom peut-être.
L’espoir renaît, sur des débris.
L’espoir, comme une excroissance, un cancer.
Le bien, le mal, tu choisis l’entre-deux.
La dépossession, le calme plat, la rage au corps.
Un iconoclaste, un mec qui a tout à perdre.
Il se lève discrètement alors que les premières lumières s’éteignent.
Il n'a pas envie d'attendre, les secondes lui arrachent la peau.
Le film dans la salle obscure vient de commencer, générique.
Leur scénario vient tout juste de débuter également alors qu’ils quittent la scène.
Une fumée qui ne dérange pas, qui pique parfois les yeux.
Le bruit des verres qui s’entrechoquent comme des éclats de rire.
Des sièges trop étroits, il faut se serrer les uns contre les autres.
Il devrait avoir l’habitude d’embarquer des gens.
Un kidnappeur d’âmes esseulées, voilà à quoi il ressemble.
« J’espère que je ne gâche pas ta séance de ciné. »
« Je peux te raconter. C’est l’histoire d’un garçon qui ressentait le spleen. Il s’est perdu dans un cinéma d’un autre monde. Pourquoi pas après tout ? Il rencontre un jeune homme, Isao.
Celui-ci le fait boire jusqu’au bout de la nuit. Ils débattent sur l’issue d’un combat entre Sangoku et Superman, sur l’odeur de la pluie après un orage, sur les lieux les plus insolites de Tokyo. »
Il meurt d’envie de le harceler.
« Tu veux bien rester là, le temps de quelques verres ? »
« Tu veux bien m’aider à m’endormir et chasser les démons ? »
Il ne rajoute pas un mot, il le regarde avec la fièvre noire.
tu as eu tout ce que tu voulais.
il est là, ton rêve. tu le vis. les étoiles qui brillaient dans tes yeux d'adolescents sont toutes devant toi, à toi, bien rangées. maître des cieux, du soleil levant, qui a enfin pu oublier la misère, qui n'a plus aucune rêve à réaliser. il ne te reste plus rien à désirer.
(mais elles reviennent toujours au galop.
tes envies d'être aimé, la peau qui ne veut qu'être caressée. le désir de se détruire, encore, parce que tu ne connais que les extrêmes.)
la ville ne dort toujours pas. on gaspille les heures de sommeil pour profiter un peu plus du présent. on rit, on claque ses verres, on célèbre la nuit éternelle, le matin reporté à jamais. on sue, on se caresse, on se serre, pour se sentir vivant (au pire) ou aimé (au mieux).
(mais tu n'es à ta place nulle part, de toutes les façons. l'accent coréen qui colle à la bouche, les mots qui se perdent, qui se confondent, les souvenirs d'une autre vie, les rappels que tu es seul face à cette foutue métropole.)
mais pour une fois, tu n'es pas le seul dans la marge.
"hm, oui, je prendrai juste ce que tu prends" encore timide, maladroit, mais l'alcool viendra bientôt te réchauffer la gorge et délier ta langue. les néons bourdonnent presque autant que ton esprit. "non, non, absolument pas" sourire qui se veut rassurant, main qui joue anxieusement avec une mèche de tes cheveux. "je viens tout le temps, de toutes les façons" rire gêné. "c'est gentil de m'avoir invité" le sourire est beaucoup plus sincère. tu as besoin de compagnie, de changer de décor.
Qu’il ne soit pas gâché par des questions sur une hypothétique suite.
Une énigme sur l’identité de l’autre.
Ce qu’il cherche Isao, ce n’est pas une fin.
C’est juste avant que les lumières ne se ferment en un adieu larmoyant.
C’est ce moment charnière qu’il recherche, qui le fait vibrer, lui donne une raison de vivre.
Cet impossible moment, impossible à immortaliser, si bien qu’il faut le revivre encore et encore.